En montagne ...

Au milieu de l'après-midi, lassés d'être sous le brouillard, nous embarquons pour une balade qui nous permettrait d'échapper à la grisaille ... Il paraît qu'il fait beau "en haut" ! On y croit à peine, tant l'air humide et froid nous transperce ... La route étroite monte, en serpentant, et nous devons souvent nous ranger pour croiser avec d'autres véhicules : où ont-ils été, tous ces gens ? Dans les alpages, eux aussi ?
Lentement, sous le couvert des grands arbres, des écharpes blanches se déroulent, poussées par un courant invisible ... Les premiers rayons de soleil percent et éclairent les cimes des hêtres, allumant le roux ! Puis, enfin, ils nous atteignent, se glissant entre les fûts, créant des paysages extraordinaires...


Quand nous arrivons sur la première crête, le soleil est là ! Oh, l'air est froid, le vent est soutenu, mais  nous sentons sa chaleur nous imprégner ... Sans hésiter, nous partons d'un bon pas sur le chemin caillouteux. On entend des cloches de vaches, très loin ... Quelques oiseaux pépient ... Très rapidement, le souffle commence à manquer. Partis trop vite ?

Le chemin devient sentier et grimpe rudement dans la forêt, à l'abri du soleil. Tout l'esprit est concentré sur chaque pas, pour ne pas glisser dans la boue ou sur un caillou humide. Vingt cinq minutes de montée nous attendent, et entraînée comme je le suis, je sens déjà la crampe dans le mollet, les poumons qui brûlent. Pas le temps de voir les mousses et les lichens, à peine le temps de remarquer une fougère inconnue, lors des pauses "pour respirer" de plus en plus fréquentes. J'entends des oiseaux, sous le couvert, mais je ne les vois pas ... Les vingt cinq minutes sont largement dépassées et nous sommes toujours sous les arbres, le sentier devenant de plus en plus abrupt et incertain et la crête paraissant de plus en plus lointaine. La rage me prend : "plus jamais", je le jure, je partirai sans connaître le chemin, sans prendre une carte ... une certaine inquiétude pointe : et si le brouillard montait brusquement, comment s'y retrouver ? Sommes-nous égarés ? Nous n'avons rencontré personne, malgré le nombre de voitures parquées. Je gamberge, furieuse, les poumons en feu, le nez qui coule, les jambes qui tremblent ...  Je crois haïr la montagne ...


Enfin, nous arrivons sur un alpage, bien dégagé, et ... récompense : la mer de brouillard s'étend là, sous nos pieds, et plus haut encore, là-bas, le chalet nous attend. Malgré le vent pointu, c'est en sueur que nous nous affalons sur quelques grosses pierres pour admirer la couche ouatée qui enrobe le paysage. De l'autre côté, les montagnes se découpent avec précision sur le ciel et les ombres s'allongent déjà ... La lumière est limpide. Nous prenons enfin le temps d'observer quelques corneilles luttant dans le vent, les chardons séchés par le soleil, et quelques fleurettes d'automne ...


Des randonneurs, plus aguerris que nous - à voir leur équipement et  leurs mollets glabres et bronzés - discutent à l'intérieur du chalet. Nous nous installons à l'extérieur, sur la terrasse de bois, collés au chalet pour échapper au vent et ... c'est le solarium ! Le cafetier est jovial, il écoute des chansons françaises des années 70 et il se raconte sa jeunesse. On rit ... on admire, on déguste le vin de la région, enfin d'en bas ...
Comme la montagne est belle !


C'est d'un pas plus léger que nous repartons par un chemin plus facile - mais moins beau, nous dit-on. Je dois avouer que toute à mon effort je n'ai pas apprécié la beauté tant vantée de la montée. Mais la descente fut aisée et sans inquiétude : le brouillard suivait les fonds des vallées... Nous étions tout baignés de l'or de cette fin de journée et c'est le coeur joyeux, malgré les pieds douloureux, que nous sommes retournés en plaine.


Combien de fois ai-je juré que l'on ne m'y reprendrait plus ? Mais ... les instants de pur bonheur, dans l'air de la montagne, me font oublier les efforts désespérés que je fais pour m'élever !

Commentaires

  1. Une belle randonnée! J'aimerais beaucoup admirer en vrai une mer de nuages, quelle chance tu as!

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  2. C'est sympa de nous avoir fait partager la balade, on y était aussi ... c'est bon quand on arrive en haut, cette impression de liberté.
    Merci de cette bouffée d'air et de ces belles photos

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  3. C'est un bien beau récit de cette balade que tu nous fais là, Gine, on s'y croirait presque, le mal aux mollets en moins...
    Une promenade vivifiante qui donne du tonus, j'adore ta mer de nuages !

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  4. La première photo est magnifique comme le récit de cette balade !
    La vue au sommet est toujours une récompense, on ouvre grand les yeux tant le dépaysement est total ..
    J'aime les "randos" quand on peut faire une halte dans un chalet d'alpage et déguster une tarte aux myrtilles ou un blanc ! La piquette semble même meilleure en altitude !!

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  5. Beautiful photos, I couldn't decide which I like the most!

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  6. Qu'il est bon de pouvoir aller chercher la lumière en altitude alors que la vallée est dans la grisaille, avec en plus la petite ferme auberge en haut, petits bonheurs à portée de mollets...
    Merci pour le partage Gine!

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  7. Je me contenterai de votre expérience et des photos de la mer de nuages !!!
    Je n'aime pas la montagne, cela fait sept ans que je tente de l'apprivoiser mais rien à faire, nous ne sommes pas faites pour nous entendre, tant pis.
    Votre récit était bien palpitant !

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  8. Quelle chance on a de pouvoir profiter d'un tel point de vue sans avoir à en souffrir la montée !

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  9. Je me suis arrêtée dans ton sous-bois, l'endroit est magnifique une lumière divine !
    Je t'attends tu me reprends au passage, je n'ai pas le courage de monter plus haut ...par contre je veux bien un petit coup de blanc en redescendant stp !

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  10. J'aurais bien aimé faire la montée avec toi jusqu'au chalet et savourer le spectacle .Superbe promenade toujours bien racontée nous donnant l'envie de faire le sentier jusqu'au sommet
    Ici il a plu toute la journée
    Bises

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  11. quel bonheur de te lire Gine !
    quelle belle photo
    et bravo pour l'effort récompensé..... tu te rends compte si tu étais restée sur ton fauteuil à te languir du mauvais temps...tout ce bonheur laissé en vain la haut.
    merci,Gine, tu me confortes dans l'idée que:
    pluie du matin n'arrête pas le pèlerin
    belle semaine à toi

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  12. Quelques rayons... qui font rêver. Ta première photo est EXTRAordinaire !

    Biseeeeeeeeeeeeeees de Christineeeeeeeeeeeee

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