Femme et artiste

Marcello, tel est le pseudonyme masculin choisi par Adèle d'Affry, duchesse de Castiglione Colonna, (1836-1879) pour pouvoir sculpter et peindre, malgré l'interdit social de l'époque qui voulait que seuls les hommes pouvaient être artistes. L'Ecole des Beaux Arts leur fut réservée jusqu'en 1896 et aucun atelier de sculpture ne prenait d'apprenti féminin jusqu'en 1870 environ...

Issue d'une grande famille, elle aurait pu mener la vie bourgeoise de toute fille bien née. Mais elle a su profiter de cette facilité pour devenir une artiste renommée , et mener une vie assez libre, puisqu'elle est devenue veuve quelques mois après son mariage, à l'âge de 20 ans.

Marcello, autoportrait

Lors de mon arrivée à Fribourg, j'avait été intriguée par la Rue Marcello, haut lieu de vie estudiantine, à deux pas de l'université et de la bibliothèque cantonale... Mais j'ai mis longtemps à découvrir que ce nom cachait une femme, artiste de surcroît.
Pourtant, l'estime que lui porte la ville semble croître encore. Le Musée d'Art et d'Histoire de Fribourg,  où j'avais déjà vu plusieurs de ses sculptures sans vraiment m'y intéresser car leur classicisme me rebutait, consacre une très belle exposition qui sait parfaitement mettre en valeur le travail de l'artiste.

C'est au Salon de 1863, où elle présente trois bustes dont celui de Bianca Castello qui lui valent une mention honorable, qu'elle est vraiment lancée, l'Impératrice Eugénie l'ayant remarquée. Le secret de son pseudonyme a été rapidement éventé! Elle devient une personnalité du Tout Paris et cela freinera son insertion dans le milieu artistique.

Marcello, Bianca Castello
Dès le début, Marcello sculpte des femmes héroïques ou mythiques: des femmes "originales, combattantes, ou redoutées". Ainsi,  Hécate, Ananké, la Gorgone...

Marcello, Gorgone
A l'instar de ses contemporains, elle est fascinée par l'Orient qu'elle ne connaît pas. Mais en Espagne et en Italie, elle recherche des modèles au type méditerranéen pour ses dessins et sculptures...

Marcello, Chef Abyssin (aquarelle)
Marcello, Chef Abyssin, 1869, Marbre 
"L'Orient, l'Orient, c'est là que je ferais de belles choses" dit-elle, tout à fait dans le courant de l'époque.

Marcello, La Mauresque souriante, 1869
Le buste de La Pythie termine cette triade orientalisante.

Marcello, La Pythie, 1870
Charles Garnier acquiert pour son opéra La Pythie en pied dont Marcello  écrit: "... Je ferai peut-être mieux dans l'avenir. (...) Mais je ne pense pas produire une oeuvre plus hardie et plus forte dans son impulsion. J'ai voulu représenter la patronne des artistes, de ceux bien entendu qui évoquent l'Esprit directement."

Marcello, La Pythie, en photographie à l'Opéra Garnier, hauteur 290 cm,
et la réplique en bronze commandée par Marcello elle-même.
Artiste complète, elle a fait de nombreux portraits, dont celui de  Berthe Morisod. Les deux artistes se portaient une amitié très vive dont est témoin leur correspondance.


Marcello elle-même,  si lumineuse, a été peinte par de nombreux amis artistes, dont Courbet.

Gustave Courbet, Portrait de Marcello
Crédit Musée d'Art et d'Histoire, Fribourg
Malgré son succès et ses attaches parisiennes et italiennes, Marcello resta profondément attachée à sa famille, et à sa mère. La sérénité du portrait ci-dessous  - et son titre - en est une preuve indéniable.

Marcello, Mater amabilis


D'une exposition que je pensais sans surprise, j'ai découvert une artiste attachante qui s'est vouée avec passion  à l'art dès sa jeunesse. Malade, elle avait peu à peu délaissé la sculpture pour se consacrer à la peinture, mais elle a été emportée à 43 ans, avant même qu'elle ne puisse  terminer son oeuvre. Vous trouvez sa courte biographie ICI.

Sources: Musée d'art et d'histoire de Fribourg

Commentaires

  1. Elle était elle-même magnifique! quelle chance qu'elle ait pu réussir, quand on voit son talent..Mais combien n'ont pas pu laisser eclater leurs dons, étouffées par la société?..

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  2. Une visite que nous avons partagée et dont ton message présente bien l'essentiel. Merci pour ce résumé si bien illustré. Pour moi aussi, ce fut une découverte.

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  3. Je découvre avec ravissement cette femme extra-ordinaire
    Merci Gine pour le partage

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  4. Une très belle découverte pour moi aussi.
    Une belle femme et une belle artiste.
    Merci pour cette jolie page.
    Bises et belle soirée

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  5. De ces femmes qui ont fait changer le regard social sur elles, un très beau billet, Gine.
    Belle journée !

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