Sur l'alpage

Habiter les Préalpes, c'est le brouillard traînant le matin, la fraîcheur des soirées, les nuages heurtant la barrière des Alpes et arrosant généreusement leur pied ... mais c'est aussi les jours de grand beau, le miracle d'une lumière vive, pure, à portée de n'importe quelle marcheuse, même aussi peu entraînée que je le suis. Les balades sont permises à la moindre éclaircie et l'émerveillement est déjà au détour de la route étroite qui grimpe sous le couvert des arbres

La rivière dévale les rochers avec force et fracas et je m'amuse longtemps des rebonds et de l'écume. Même en contre bas, le spectacle de cette vitalité est impressionnant.


La route s'arrête aux portes de l'alpage, le plateau est désert et s'ouvre devant nous, suspendu entre les montagnes grises qui ourlent les forêts.

Entrée de la Réserve du Vanil  Noir
Tout est calme, seuls quelques tintements de cloches de vaches dans le lointain, et le chant du pinson, tout près. L'air est vif malgré le soleil de l'après-midi. Les prés sont piquetés de renoncules blanches, ou de boutons d'or, et l'on voit de l'autre côté du ruisseau les orchis, tels des petits sapins violets. Tout près, le long du sentier, un jardin semble avoir été aménagé, rocaille naturelle, où les fleurs jaunes, hélianthèmes ou lotiers, ont trouvé leur place entre les racines d'un sapin qui s'accroche à la pente.


Au pied d'une souche, le Compagnon rouge blottit ses corolles contre le gris satiné du bois.

Silène dioique, Compagnon rouge
Le chemin continue, longeant le plateau, et promettant sur ses petits indicateurs jaunes des marches longues et des ascensions sur les montagnes alentours. Longtemps, nous suivons des yeux la crête des montagnes, recherchant quelque oiseau, épervier ou grand corbeau. Mais rien ne vient troubler l'air limpide, si ce n'est quelques mouches bien inoffensives.


Nous revenons sur nos pas, et le paysage juste traversé est déjà différent, plus étroit, nous annonçant déjà le dévaloir de la descente qui nous attend.


Un endroit hors du temps, qui me rappelle les étés passés à la montagne, lorsque j'étais enfant. Je ne connaissais pas la mer, trop lointaine. Mais chaque année, les familles montaient "aux mayens", vivre dans un chalet d'alpage pendant les deux mois d'été, les travailleurs rejoignant la plaine chaque matin. Que de souvenirs et de découvertes : le goût de la poix qui coule du sapin, chewing-gum naturel, celui du rameau de mélèze dénudée, un peu piquant. La découverte des plantes et des fleurs d'altitude, les grenouilles, les chats  redevenus sauvages, les insectes... Le monde semblait plein de merveilles.  Peu de choses ont changé dans ces alpages préservés et je m'en réjouis.

Renoncule, Bouton d'or

Commentaires

  1. Un bien joli texte pour accompagner une agréable balade au pied des grands rochers. Tes souvenirs d'enfance sont mes petits bonheur de maintenant...
    Bonne journée!

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  2. Moi aussi je voulais te féliciter de ton texte. La dernière photo du bouton d'or me rappelle à moi aussi plein de souvenirs.

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  3. Fraicheur , verdure, eau vive...et les boutons d'or, fleur magique de l'enfance!quel billet tendre et rafraichissant!

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  4. Une balade toute simple mais tellement belle !!!
    Est-ce que tu aimes le beurre ?
    Bon jeudi !

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  5. Quelle balade, si vivifiante, et la pureté de l'air !
    J'en rêve, ici !

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  6. Bravo Gine pour ton texte en harmonie avec tes photos! Merci pour la balade :)

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